março 10, 2004

AMOS OZ. [Actualizado, quarta-feira, 15:50 h] Para quem leu In the Land of Israel, de Amos Oz, não são precisas muitas explicações. O seu novo livro acaba de sair em Portugal (na Asa, que tem vindo a publicar a sua obra, e, antes, a Dom Quixote). Recentemente, Amos Oz deu uma conferência em França na École Normale Superieure, para apresentação do romance Une histoire d’amour et de tenèbres e, naturalmente, falou de Israel. Para quem leu o Aviz, sabe que essas são as minhas opiniões (e do Nuno) sobre o assunto. A transcrição da conferência foi de Élise Gillon, e o bom amigo Eduardo Jorge Madureira fez-me chegar o texto. Publico alguns extractos (o texto completo, para quem quiser ler, com os comentários e apresentações de Amos Oz, nomeadamente por Francis Wolf, Gregory Haik e Emmanuel Szurek, está na versão brasileira deste blog). [O texto não tem acentos.]

«Amos Oz se refuse en effet a un dialogue 100% politique et donne la priorite a la culture: Israel en effet n’est pas seulement une armee et un gouvernement, comme les medias occidentaux le donnent trop souvent a penser; Israel est aussi une societe civile divisee interieurement, profondement, et les medias occidentaux ne laissent quasiment rien percevoir de ces divisions. Ce qu’on voit dans les journaux, ce sont “80% de fanatiques, 19% de soldats et 1% d’intellectuels d’elite en faveur la paix” (comme lui-meme, a fait remarquer avec humour le conferencier). Or les Israeliens ne ressemblent pas du tout a cela: il vivent pour l’immense majorite dans la plaine cotiere et non dans les colonies; les ultra-orthodoxes ne forment qu’une petite minorite tandis que la majeure partie de la population est «laique et bruyante»: pour donner une image de la societe israelienne, Amos Oz prefere evoquer Fellini plutot que Bergman! Les divergences ethiques et theologiques au sein de cette societe font que le debat entre faucons et colombes se nourrit d’arguments, mais aussi de sentiments tres puissants.
Amos Oz deplore qu’en Europe nous ne suivions que des manchettes des journaux, pas la realite dans son intensite dramatique. Il decrit Israel comme “l’une des societes les plus passionnantes au monde”: “J’aime Israel, meme dans les moments ou je ne l’apprecie pas; j’aime Israel, meme dans les moments ou je ne peux plus le supporter”, a-t-il affirme. Il remarque que personne ne s’interroge jamais sur la legitimite de l’existence de la France apres les crimes de la decolonisation, ou meme de la Russie ou de l’Allemagne apres Staline et Hitler: le probleme d’Israel est qu’il est “souvent conçu comme un phenomène 100% politique”.»
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«Israel, a-t-il rappele, est constitué pour moitié de Juifs chassés des pays arabes au moment même ou les Palestiniens, chassés des terres israeliennes, apprenaient a vivre en refugies et entraient en diaspora. Amos Oz parle donc d’Israel meme comme d’un “monde de reves brises, de reves mutuellement exclusifs”: certains voulaient y batir “une republique biblique», d’autres “une incarnation parfaite du shtetl juif”, d’autres “un paradis marxiste”, au point que certains kibboutzniks, jusqu’en 1952, revaient qu’un jour Staline en personne viendrait visiter leur kibboutz et mourrait de bonheur en voyant le marxisme devenu realite. D’aucuns encore en voulaient faire une replique de l’Autriche-Hongrie. Mais la seule maniere de garder un reve intact est de ne jamais chercher a le realiser, avertit Amos Oz. Or Israel est un reve realise, d’ou ses imperfections. Israel n’est pas un roman critique par Le Monde: Amos Oz n’a que faire des critiques adressees a Israel par les journaux europeens, meme s’il a honte parfois des actions de son gouvernement. Mais c’est son affaire: il ne mendie pas comme ses parents l’amour de l’Europe.»
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«Dans ces circonstances, Amos Oz reproche aux intellectuels europeens, meprisants envers les productions hollywoodiennes, d’appliquer au conflit du Proche-Orient le scenario d’un mauvais film hollywoodien: les bons contre les mechants. Ils n’ont pas compris qu’une tragedie est le choc d’un droit contre un autre droit et souvent aussi d’un tort contre un autre tort. Au Proche-Orient, les schemas anticolonialistes si simples et confortables, qui permettent de distinguer facilement les bons des mechants, ne collent pas: ils sont inadaptés au tragique de la situation. Heureusement, ce tragique n’est pas sans issue puisque aujourd’hui la majorite des Israeliens et des Palestiniens sait ce que sera la solution: la partition du territoire selon une frontiere correspondant en gros au trace de 1967 afin de donner un Etat a chaque peuple. Amos Oz en parle comme d’un “compromis douloureux”, car «un compromis heureux est un oxymore”. Mais le choix n’est pas entre un compromis douloureux et une absence de compromis: le choix qui s’impose aux Palestiniens et aux Israeliens est le compromis ou le desastre, le compromis ou la mort. Amos Oz definit le compromis non comme une compromission mais comme le synonyme de la “vie”: “ou il y a vie, il y a compromis.” Il s’agit d’essayer de rencontrer l’autre a mi-chemin: renoncer a la justice totale, qui conduit a la mort pour les deux parties, et accepter une justice partielle qui permet de vivre. C’est une decision qui sera “prise les dents serrees” et sera source de malheur mais c’est la seule compatible avec la survie des deux peuples. Amos Oz evoque a ce propos la difference entre les tragedies de type shakespearien et les tragedies de type tcheckhovien: a la fin d’une tragedie de Shakespeare, la scene est jonchee de cadavres et «peut-etre la justice l’emporte-t-elle”; a la fin d’une tragedie de Tchekhov, tout le monde est amer, decu, mais vivant. Le compromis est donc la seule approche possible selon Amos Oz, “car chacun des deux sait que l’autre ne partira pas et qu’il faudra partager l’appartement.” L’alternative de l’Etat binational est en effet totalement irrealiste. La meilleure preuve en est cet idealiste suedois, partisan d’un Etat binational israelien et palestinien, a qui Amos Oz proposait de supprimer la frontiere avec la Norvege, frontiere symbolique en theorie puisque les deux pays sont en paix l’un avec l’autre depuis des siecles, parlent une langue similaire, possedent des cultures tres proches et n’ont jamais ete separes par un mur: pourquoi donc garder deux Etats? Le Suedois s’est aussitot recrie: “Ah, mais c’est que vous ne connaissez pas les Norvegiens, Monsieur!”»
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«Un mur n’est pas forcement une mauvaise chose entre des ennemis violents quand il est au bon endroit, c’est a dire entre mon jardin et celui de mon voisin, et pas au milieu du jardin du voisin. Amos Oz n’approuve pas l’emplacement du mur actuel mais il n’est pas contre le principe d’un mur et se plait a citer Robert Frays: “Une bonne barriere fait de bons voisins” (“A good fence makes a good neighbour”). Le docteur Tchekhov (car Tchekhov n’etait pas seulement ecrivain, c’etait aussi un tres bon medecin) aurait peut-etre prescrit 10 ans de barriere entre deux voisins ennemis.»